
À l’occasion de la Journée Internationale des Veuves, le 23 juin
Chaque année, le 23 juin marque la Journée Internationale des Veuves (JIV), instituée par l’Assemblée Générale des Nations Unies pour attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation souvent précaire et douloureuse de millions de femmes à travers le monde. En République du Congo, cette journée résonne avec une acuité particulière.
- Une douleur qui ne devrait jamais devenir un supplice
Perdre son époux est une épreuve humaine universelle, un deuil profond qui mérite respect, compassion et soutien. Pourtant, pour de trop nombreuses femmes congolaises, la mort du mari ouvre une nouvelle période de souffrance non plus dictée par le chagrin, mais imposée par certaines pratiques qu’on présente abusivement sous le nom de « tradition ».
Dans plusieurs localités de la République du Congo, le veuvage reste entouré de rites contraignants : restrictions, humiliations, violences symboliques et parfois matérielles s’accumulant en une succession d’épreuves qui transforment la douleur du deuil en véritable supplice. Privée de parole, contrainte de garder la tête baissée, obligée de dormir à même le sol, la veuve se retrouve réduite à une figure d’expiation, alors qu’elle devrait être entourée de dignité.
Plus grave encore : dans certaines localités du Congo, une femme qui perd son mari perd aussi ses droits et devient très vulnérable. Spoliation des biens, privation d’héritage et soumission dégradante à leurs belles-familles sont le lot de nombreuses femmes.
Il est temps de nommer clairement ce que cela est : une violence. Et une violence que la loi condamne.
- La loi n°19-2022 du 4 Mai 2022 dit loi Mouebara : un bouclier pour toutes les femmes
L’État congolais a posé un acte fort et historique. L’article 18 de la loi n°19-2022 du 4 mai 2022, dite « Loi Mouebara », vise à lutter contre les violences faites aux femmes et aux filles. Elle sanctionne sévèrement les violences basées sur le genre, incluant les mauvais traitements, la séquestration et les pratiques humiliantes subies par les veuves durant le veuvage.
Cette loi est une avancée remarquable. Comme l’a souligné la délégation congolaise devant les Nations Unies, « la Loi Mouebara transforme toutes les violences en peines, ce qui est une première en Afrique francophone ».
Par ailleurs, le Code de la famille réglemente la répartition des biens du défunt : 50 % reviennent aux enfants, 30 % à la veuve et 20 % aux père, mère et collatéraux des dispositions claires que nul ne peut légalement ignorer ni contourner.
Le Code de la famille reconnaît au conjoint survivant le droit d’usufruit sur la maison habitée avec le défunt, ainsi que des droits sur les terres qu’il exploitait personnellement. La loi est donc de leur côté. Mais encore faut-il qu’elles le sachent.
- Le fossé entre le droit et la réalité
Si les textes existent, leur application reste insuffisante. Beaucoup de veuves ignorent leurs droits ou n’osent pas saisir la justice, de peur d’aggraver les tensions ou d’être davantage marginalisées.
La peur de la sorcellerie, la nécessité de protéger leurs enfants, font que bon nombre d’entre elles se laissent faire en silence. Il n’y a pas que des veuves dont le niveau d’éducation est faible qui sont victimes.
Pourtant, la résistance est possible. Au Congo-Brazzaville, certaines veuves, aidées par des associations, osent poursuivre en justice leur belle-famille et obtiennent réparation des exemples à suivre pour toutes celles qui, par manque d’informations sur leurs droits ou par peur des représailles, souffrent en silence.
Notre appel, aujourd’hui
En ce 23 juin, l’Association S.O.S Femmes du Congo élève la voix avec conviction et solidarité :
À toutes les veuves de notre pays : vous n’êtes pas seules. Votre deuil mérite respect. Vos droits sont protégés par la loi. Osez-vous faire accompagner.
Aux familles : la vraie tradition congolaise est celle du respect mutuel, de la solidarité et de la dignité humaine. Comme le rappelle l’universitaire Auguste Miabeto, « il faut bien différencier antivaleurs et traditions. La tradition est la transmission des valeurs des sociétés du passé. De nos jours, il y a beaucoup de confusions entre la tradition et des pratiques tout à fait inhumaines exercées sur des veuves. »
Aux autorités : nous vous appelons à poursuivre la mise en œuvre effective de la Loi Mouebara, à renforcer les mécanismes d’accès à la justice pour les veuves, et à soutenir la création du Centre Mouebara à Brazzaville, pour l’accueil et la réhabilitation des victimes.
À toute la société civile : sensibilisons, informons, protégeons. Pour qu’une veuve puisse bénéficier pleinement de ses droits, elle doit disposer d’un acte de mariage ou d’un certificat de concubinage délivré par la mairie. Encourageons l’enregistrement civil des unions et la rédaction de testaments chez le notaire.
Conclusion
La Journée Internationale des Veuves n’est pas une simple commémoration. C’est un appel à l’action. En République du Congo, les outils juridiques existent. La Loi Mouebara est là. Le Code de la famille est là. Il nous appartient, collectivement associations, familles, autorités, citoyens de faire en sorte que ces lois vivent dans les faits, pas seulement dans les textes.
Une société qui respecte ses veuves est une société qui respecte ses femmes. Une société qui respecte ses femmes est une société qui progresse.
L’Association S.O.S Femmes du Congo s’engage, aujourd’hui et chaque jour, à marcher en ce sens.
Brazzaville, le 23 juin 2026
Association S.O.S Femmes du Congo
République du Congo